Le Hurepoix

Nous sommes aux confins de l’Ile de France, au sud-ouest de Paris. Nous sommes dans le Hurepoix, un « pays » qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Terre de transition, entre les vastes plateaux de la Beauce et du Gâtinais et l’agglomération parisienne, le Hurepoix semble n’avoir aucune identité apparente. Mais à y regarder de plus près, un ensemble de caractères se dessine à nos yeux.

 

 

Ici, la nature est généreuse. Les limons fertiles des plateaux se conjuguent à l’eau des étroites vallées de l’Orge et de ses affluents, créant une grande mosaïque de milieux. Ce contraste paysager est le résultat d’une très longue histoire du sol, au cours de laquelle le relief, la pierre et le vivant se sont unis pour offrir à l’Homme des conditions avantageuses.

 

Des dizaines et des dizaines de générations ont ainsi profité de ce pays ouvert sur le monde mouvementé de l'Ile-de-France. Chemins et routes, hameaux et villages, édifices religieux, places fortes et châteaux de plaisance, petit patrimoine vernaculaire, au fil du temps le Hurepoix s’est construit un visage qui témoigne de la vie de communautés humaines.

Ce sont ces histoires que je vous propose de découvrir à travers ces quelques pages. En espérant qu’elles contribueront à mieux connaître ce Hurepoix mystérieux dont Joseph Guyot, le célèbre historien dourdannais, écrivait :

« Nous avouerons tout d’abord que la question du Hurepoix est un de ces rares problèmes, topographiques, géographiques et cartographiques, qui, de tout temps, ont embarrassé les auteurs les plus autorisés ».

 

Un pays d'Ile-de-France

 

L’Ile-de-France fait partie de cette vaste région naturelle formée par la grande cuvette qu’est le bassin parisien. Avant le XIVe siècle, l’Ile-de-France n’existe pas encore sous ce nom. On parle du Royaume de France (issu du Royaume des Francs, regnum Francorum) pour désigner le vaste territoire regroupant la Francia, partie de l’ancienne Gaule entre la Seine et la Marne, et la Neustrie, entre la Seine et la Loire. La dénomination d’Ile-de-France désigne ensuite une province du Royaume de France appelée « Petit pays de France », délimitée par la Seine, la Marne, l’Oise et la Thève (affluent de l’Oise). Le fait que ce territoire soit délimité par des rivières est à l’origine du nom « d’Ile ». Puis ce territoire s’étend progressivement pour délimiter la région comprise entre l’Orléanais, la Normandie, la Champagne et la Picardie.

A l’intérieur des provinces se trouvent des « pays ». Le mot est issu des pagi de l’époque franque. Le pagus désigne une division territoriale, au sens de ‘’contrée’’, à la tête de laquelle est placé un comte.

 

 

Le Hurepoix est l’un des « pays », une dizaine selon les époques, qui composent l’ancienne province d’Ile-de-France. Il forme alors un territoire du domaine royal, comme en témoignent les nombreux châteaux forts destinés à protéger la contrée des envahisseurs étrangers.

 

 

Des limites très imprécises

 

Le Hurepoix se situe approximativement entre Paris au Nord, le Mantois au nord-ouest, la Beauce à l’ouest, l’Orléanais au sud, le Gâtinais au sud-est et la Brie à l’est. En réalité, les frontières du Hurepoix ont beaucoup varié au fil du temps, comme d’ailleurs pour tous les pays de France.

Mais contrairement à d’autres, notre pays a sans cesse rétréci au fil du temps. Au XIIIe siècle, si l'on en croit des récits anciens, le « Heripois » ou « Herupoix » désignait une vaste région au sud de Paris, sans limites précises, qui s’étendait peut-être de la Seine à la Loire.

 

Sur des cartes du XVIe siècle, on trouve le nom de « Hurepoix » écrit tout près de la Loire. Mais il faut dire qu’à cette époque, les notions de distance sont toutes relatives et à dire vrai assez erronées. Néanmoins, on doit remarquer que plusieurs localités dites « en Hurepoix » se rencontrent à cette époque dans la région proche de la Loire. Par exemple, la ville de Cosne est appelée Cone-en-Hurepoix en 1494 (Gallois L., Régions naturelles et noms de pays, Ed. Armand Colin, 1908).

 

A partir du XVIIe siècle, le Hurepoix est situé beaucoup plus près de Paris, au sud. En 1648, un Jésuite du nom de Briet place dans le Hurepoix les villes de Dourdan, Rochefort et Montlhéry mais aussi Melun, Corbeil et Fontainebleau.

Sur la « Carte du gouvernement général de l’Ile-de-France et pays circonvoisins », dessinée par le Sieur Nicolas Sanson d’Abbeville (1600-1667), et éditée en 1722, le Hurepoix figure entre Paris et le « Gastinois » plus au sud. En 1754, le géographe historien Piganiol de la Force écrit « On ne peut rien voir de plus opposé que le sont nos géographes sur les limites de ce petit pays et par conséquent sur les villes qui sont dans son étendue … On place dans le Hurepoix : Dourdan, Châtre ou Arpajon, Montlhéri, Linas, Longjumeau ».

En 1764, l’abbé Expilly, dans son Dictionnaire des Gaules et de la France, écrit à son tour : « le pays du Hurepoix est arrosé des rivières d’Orge, de Juisne, d’Estampes, de Rémarde, d’Ivette et de Bièvres ».

 

Géographiquement, le Hurepoix pourrait donc englober tout le bassin de l’Orge (y compris la vallée de Chevreuse, où coule l’Yvette, affluent de l’Orge), la Bièvre et la Juine. Cet ensemble forme en effet un paysage assez homogène, ne serait-ce que parce que ces rivières naissent du même phénomène de ravinement du plateau beauceron vers la Seine. Mais culturellement, on considère plutôt la vallée de Chevreuse et celle de la Bièvre comme des entités paysagères à part. Quant à la Juine, elle est plutôt rattachée au Gâtinais voisin.

Aujourd'hui, le Hurepoix désigne surtout un territoire englobant les bassins de l’Orge en amont d’Arpajon, la Renarde, la Rémarde, la Prédecelle et la Salmouille. C’est en tout cas ce territoire que nous découvrons ici.

 

 

En 1923, dans son ouvrage « Dourdan illustré », Joseph Guyot cite le journaliste Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, qui écrivait dans son célèbre « Voyage en France » publié entre 1893 et 1907 :

« Je définirai le Hurepoix : une Beauce aussi striée de vallons arrosés que la grande Beauce est nue et inaccidentée. On lui attribue tous les vallons dont la tête est en Beauce. Entre ces vaux, des plateaux parsemés de fermes fort espacées sont d’aspect très beauceron. Les abords des plis et leurs pentes offrent tous les caractères du Gâtinais par leurs bois et leurs rochers, avec un brin de sauvagerie aimable dû aux eaux lentes ou vives ». 

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Chroniques du Hurepoix, une production "Particip'Avenir Publications" - Thierry FOUCAULT 2016-2018 - Tous droits réservés