Les blasons en Hurepoix

 

Les blasons sont associés, dans l'imagerie populaire, aux chevaliers et à la féodalité. Ces représentations imagées ont longtemps servi à identifier leurs propriétaires comme nos noms propres d'aujourd'hui. Avec le temps, elles se sont répandues dans toute la société, jusqu'à la Révolution française. Elles nous racontent parfois des histoires oubliées ...      

 

Les premiers blasons, pour être vus et reconnus

 

Selon les historiens, les blasons apparaissent au XIe siècle un peu partout en Europe occidentale. Ils ont alors une fonction utilitaire. Les rois, connétables, capitaines et chevaliers devaient se faire reconnaître des leurs sur les champs de batailles, en particulier au cours des croisades. Les costumes étaient en effet à peu près uniformes et les heaumes cachaient les visages des meneurs de combat. Les seigneurs firent alors peindre sur leurs boucliers, les écus, des signes de couleurs tranchées pour se faire voir de loin de leurs hommes. Ces représentations imagées étaient d’abord très simples. Les blasons les plus anciens sont donc aussi les plus simples. Peu à peu, on y ajouta des emblèmes, des figures singulières et divers signes distinctifs.

 

Blason de Guillaume de Chatignonville

On a assez peu de trace des premiers blasons. Parfois, on les retrouve sur les pierres tombales de seigneurs locaux. C'est le cas du blason de Guillaume de Centegnonville (Chatignonville), seigneur du même lieu, chevalier du roi des Français, qui vécut au XIIIe siècle et participa aux croisades aux côtés de Saint-Louis (Source: Bulletin de la Société Littéraire de Dourdan, n°33, juin 1997). Son blason est présent sur sa pierre tombale conservée dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois de Dourdan. Il est "burelé de 14 pièces", c'est-à-dire composé de sept bandes horizontales, que l'on a représentées ici de couleur rouge (couleur que l'on nomme "gueules" dans la langue des blasons). En réalité, le blason étant gravé dans la pierre, on ne sait pas s'il s'agit de la bonne couleur. Nous avons donc fait cette hypothèse car le rouge était très souvent utilisé pour ce type de figure, mais les bandes auraient pu tout aussi bien être noires ("sable"), vertes ("sinople") ou encore bleues ("azur"). En revanche, elles n'auraient pas pu être jaunes ("or") sur un fond blanc ("argent"), et réciproquement, car l'une des règles fondamentales des blasons est de ne jamais juxtaposer deux "métaux" (les deux seuls métaux sont l'or et l'argent).  

 

Blason d'Adrien de Lenfernat, seigneur de Soucy

Une autre pierre tombale avec blason est présente dans l'église Saint-Martin de Fontenay-les-Briis. C'est celle d'Adrien de Lenfernat, seigneur de Soucy de 1529 à 1556. Le fief de Soucy, aujourd'hui un hameau de Fontenay-les-Briis, était sous la domination de la châtellenie de Montlhéry aux XIIIe et XIVe siècles. En 1328, le domaine appartenait à Philippe IV de Valois. Il passa aux mains de la famille Lenfernat au XVIe siècle. Leur blason, présent aux quatres coins de la pierre tombale d'Adrien, s'énonce: d'azur aux trois triangles d'or deux et un. Cette fois, les couleurs sont connues ! (Source: Eglises et chapelles du Pays de Limours, Edition Office de Tourisme du Pays de Limours, 2013)

 

Blason des seigneurs de Montlhéry

Les armes de la ville de Montlhéry sont aussi parmi les plus anciennes du Hurepoix. Elles remonteraient à la première croisade à laquelle participa Milon 1er, seigneur de Montlhéry. Dans son livre "Montlhéry, douze siècles d'histoire", André Jouanen en donne une explication : « Les Bouchard, dès avant l'an 1000, originaires de la Haute Seine s'installèrent dans l'île Saint-Denis, puis plus tard, à Montmorency dont ils prirent le nom. L'un d'eux, Bouchard 1er devint seigneur de Montlhéry et de Bray au Xe siècle. Il y garda les armoiries de sa puissante famille : «D'or à la Croix de Gueules cantonné de quatre alérions d' azur».

Le blason passa ensuite au second fils de Bouchard 1er, Thibaut dit « File Etoupe », puis à ses descendants seigneurs de Montlhéry, dont le turbulent Guy 1er dit le rouge, premier comte de Rochefort et seigneur de Chevreuse, qui défia le pouvoir royal de Louis VI en organisant les révoltes des petits vassauts du Hurepoix et édifiant le château de Rochefort et celui de Bréthencourt. On retrouve d'ailleurs cette armoirie "d'or à la croix de gueules cantonnée de quatre alérions d'azur" sur le blason de Rochefort-en-Yvelines.

 

Blason de la famille de Trie, seigneurs de Briis

 

Tout aussi ancien, et donc tout aussi simple, le blason de Briis-sous-Forges se décrit (se blasonne) ainsi: "D'or à la bande d'azur chargée de trois annelets d'argent".

Il serait issu de celui d’une des branches de la maison de Trie, une famille de la chevalerie française du Moyen Âge issue du Vexin. Selon l'association "Les amis du vieux Briis", la terre de Briis aurait appartenu à Jacqueline de Trie en 1337 puis à Philippe de Trie en 1371. Le blason de cette famille est en effet identique, sans les trois annelets. Ceux-ci auraient donc été ajoutés par les seigneurs de Briis pour se différencier, pratique courante à l'époque.

 

Dès le XIe siècle, lors des tournois, les jouteurs arboraient leurs écus colorés comme la marque de leurs hauts faits de guerre. C’était aussi le moyen de se faire reconnaître des spectateurs. L'entrée en lice des jouteurs se faisait au son du cor, « blasen » en allemand, qui donna le mot blason. En guise de présentation du combattant, on expliquait ses armes à haute voix et selon des règles précises pour que chacun comprenne. C'était le rôle de celui qu'on nommait le héraut, nom provenant du francique heriwald – messager du roi ou chef des armées - et qui est à l'origine de l'héraldique, qui désigne l'art d'annoncer et de décrire les blasons. On parle aussi de blasonnement. Les premiers hérauts sont au départ de simples serviteurs, fonctionnaires, chargés de porter les messages des seigneurs, les défis et les déclarations de guerre. Leur fonction d'annoncer les blasons prend très vite un caractère officiel, surtout pour les hérauts des grands seigneurs, des princes et des rois, ce qui leur confère une certaine immunité. Pour remédier aux usurpations de toutes sortes, des catalogues d'armoiries sont établis peu à peu. Louis XIII, par son édit de janvier 1615, créé l'Office de juge général d’armes de France. L'édit de novembre 1696 créé l'armorial général de France, connu sous le nom d'Armorial d’Hozier. Ce catalogue d'armoiries fut en effet tenu par la famille d’Hozier jusqu'à la révolution.

 

La forme des écus a évolué au cours du temps. Du XIIIe au XVe siècle, les formes le plus communément adopté étaient les écus en pointe ou arrondie. Pendant le XVIe siècle et le XVIIe siècle, le bas fut arrondi. Les plus récents se terminent à la pointe par une accolade. Il y a cependant beaucoup d'exceptions et il ne semble pas qu'il existe une règle précise pour la forme et la proportion.

 

Bientôt les figures et les couleurs qui ornaient les écus gagnèrent les bâtiments, les vêtements des seigneurs, les décorations intérieures. On les accompagnait parfois de casques, de couronnes, de rubans, de devises, de colliers et de divers ornements. L'ensemble était qualifié d'armoiries.

 

 

Blason d'Arpajon

Une histoire de familles

 

Les armoiries devinrent rapidement le symbole des familles. Transmises de génération en génération, elles deviennent héréditaires, des titres de famille comme le sont aujourd'hui nos noms propres. N'oublions pas qu'à une époque où quasiment personne ne savait lire ni écrire, les noms n'étaient pas d'une grande utilité. Mais contrairement à une idée reçue, les blasons n'étaient pas réservés à une classe sociale. N'importe qui, y compris les roturiers, était en droit d'avoir un blason. Puisqu'il faisait office de nom propre, il pouvait même être imposé à des particuliers moyennant le versement d'une certaine somme au seigneur ou à l'État. Certains se virent alors attribués des armoiries ridicules évoquant leur nom ou leur activité. Par exemple une cuve pouvait figurer sur le blason d'un certain Raoul Cuvier. Des boules pouvaient figurer sur le blason d'une famille de Boulogne.

 

Les blasons qui portaient des signes rappelant le nom propre sont appelées des "armes parlantes", parce qu'elles "parlent" d'une personne. Le blason d'Arpajon porte par exemple une harpe, non parce que son propriétaire jouait de cet instrument comme on pourrait le croire, mais parce que ce nom permet d'évoquer celui de la famille d'Arpajon, originaire du Rouergue, dont était issu Louis de Severac, qui acheta le marquisat de Chastres (ancien nom d'Arpajon) en 1720, avant de lui donner son nom.

 

Le blason d'Arpajon porte donc plusieurs figures qui rappellent cette histoire: la croix des Comtes de Toulouse dont dépendait le Rouergue, les "quatre pals" (lignes verticales) "de gueules" (rouges) des armoiries des seigneurs de Sévérac et trois fleurs de lis en reconnaissance pour le Régent Philippe D'Orléans qui accorda le droit de rebaptiser la ville de Chastres en Arpajon. En abîme, c'est-à-dire au centre, l'écusson rappelle le privilège accordé à Louis d'Arpajon en 1645 par le grand maître de l'Ordre de Malte.

Le blason d'énonce ainsi: Écartelé, au 1er de gueules à la croix cléchée, vidée et pommetée d'argent, au 2e d'argent à quatre pals de gueules, au 3e de gueules à la harpe d'or, au 4e d'azur à trois fleurs de lis d'or et au bâton de gueules péri en barre; sur le tout, de gueules à la croix de Malte d'argent.

 

 

Deux exemples d'armes parlantes, extraits du Grand Armorial d'Hozier de 1696. On note que la tête de sanglier est appelée à cette époque une "Hure" (dont le Hurepoix tire peut-être son nom).

 

Même le clergé avait ses blasons ...

 

En réalité, un peu comme les cartes de visite d’aujourd’hui, tout le monde pouvait posséder un blason mais tout le monde n’en possédait pas. Plus des deux tiers des armoiries dans le royaume de France appartenaient à des personnes non nobles. Le clergé féodal n'était pas en reste. Comme les seigneurs, il adopta des armes dès le XIIIe siècle.

 

Extrait de l'Armorial d'Hozier
Blason de Jacques des Landres, curé de La Forêt-le-Roy (source: Armorial d'Hozier).

 

On estime que l’Europe occidentale comptait environ 1 million d’armoiries au Moyen Age et entre dix et douze millions du XVIe au XIXe siècle. L'héraldique trouva son apogée au XIIIe et XIVe siècle. Les règles de l'héraldique furent fixées au XIVe et XVe siècle. Les procès-verbaux de cérémonies et de fêtes sont remplis de descriptions héraldiques.

 

Les éléments du blason

 

Trois éléments entrent dans la composition des armoiries :

 

Les couleurs, comprenant les métaux - or (jaune) et argent (blanc) - et les émaux : gueules (rouge), sinople (vert), sable (noir), azur (bleu) et plus rarement pourpre (violet). À ses couleurs s'ajoutent des fourrures au nombre de deux : l'hermine et le vair (assemblage de petites cloches). Il existe une règle fondamentale en héraldique qui est de ne jamais mettre ni métal sur métal, ni émail sur émail. Ainsi on ne pourra par exemple jamais trouver du rouge (gueule) sur du bleu (azur). Si c'est le cas, on se trouve très probablement devant un faux blason.

 

Le champ : simple ou composé (parti, coupé, tranché, taillé), avec de multiples combinaisons et subdivisions.

 

Les figures, placées sur différentes parties de l'écu : le centre, le chef (c'est-à-dire le haut), le canton dextre (c'est-à-dire le côté droit du chef), le canton senestre (c'est-à-dire le côté gauche du chef), le flanc dextre, le flanc senestre, la pointe, le canton dextre de la pointe, le canton senestre de la pointe. Lorsqu'elles sont plusieurs, les figures sont rangées selon un certain nombre (en fasce, en pointe, en pal, en croix, en sautoir, etc.). Le tout est cité dans un ordre très précis défini par des règles qui constituent l'héraldique.

 

Les figures peuvent être des figures propres (la bande, la barre, la croix, la pointe, le chevron etc.), des figures naturelles (animaux, plantes, astres, éléments comme le feu, l’eau ou la terre, etc.), ou des figures artificielles. Parmi les astres, le soleil est normalement représenté « or », c'est-à-dire jaune. Quand il est de couleur, il prend le nom d'ombre de soleil.

 

Le blason de Limours s'énonce: "D'argent, à la croix d'azur cantonnée de quatre ombres de soleils non figurées de gueules".

C'est ce blason que l'on retrouve sur la "Pierre de Bréthencourt", découverte au pied des ruines du château de Bréthencourt, amenée à Dourdan par Joseph Guyot et actuellement exposée dans la cour du château de Dourdan. Cette pierre daterait de la fin du XVe ou des premières années du XVIe siècle. Ces armes sont attribuées aux seigneurs du Marais, les Hurault de Cheverny. Au XVe siècle, le fief de Bréthencourt se trouvait en effet aux mains des Hurault, dont les filles avaient épousé les seigneurs de Rochefort et de Limours. Et voilà comment Limours adopta ce blason ...!   

 

Le blason de Limours se retrouve sur la pierre de Bréthencourt, trouvée aux pieds des ruines du château de Bréthencourt. Une histoire d'épousailles ...

 

 

Parmi les figures artificielles, ont trouve des instruments de cérémonies, des vêtements, des ustensiles, des outils, des armes de guerre, des bâtiments, des flèches, des cors, des navires etc.

 

Blason de Bruyères-le-Châtel: "D'or au lion de sable, la queue fourchée, nouée et passée en sautoir"

 

Les figures animales sont aussi très courantes. Elles ornent environ un tiers des blasons. Parmi les animaux, le lion est bien le roi, de loin la figure la plus fréquente. Assez loin derrière, on trouve le léopard, l'aigle et le loup mais aussi le taureau, le cerf, le bélier, le sanglier, l'ours, l'écureuil, le chien, le chat, le lièvre, le serpent, le lézard, etc. et quelques animaux fantastiques (Dragon, salamandre…). Le cheval, quant à lui, est quasiment absent, pour des raisons encore inconnues.

Charles VI choisit le cerf comme devise. Ce cerf était « volant couronné d'or au col ». François Ier quant à lui choisit la salamandre.

 

Les formes et les postures animales sont soumises à des règles strictes. Le lion, par exemple, est toujours figuré de profil et rampant, c'est-à-dire élevé sur ses pattes de derrière, la patte dextre (droite) de devant élevée et la patte senestre (gauche) de derrière en arrière. Il peut aussi être représenté en marchant. Il est alors dit « léopardé », comme le léopard qui est toujours représenté ainsi, avec son masque de face. Le lion armé désigne l'animal muni de griffes. Il est lampassé lorsque la langue est apparente. Les contours de ces figures sont souvent accentués et découpés, voire exagérés, pour être vus de loin. À partir du XVIe siècle cependant, ces figures s'adoucissent pour être plus fidèles à la réalité.

 

En fait, les blasons ont souvent évolué au cours du temps, s'enrichissant de nouvelles figures. C'était le cas à l'occasion de mariage entre deux familles qui possédaient leurs blasons, ou bien encore pour se différencier dans les filiations. 

 

Blason de Louis Sévin, Marquis de Bandeville, à Saint-Cyr-sous-Dourdan, et de sa femme Madeleine Guerapin de Vaureal (source: Armorial d'Hozier de 1696).

 

Les blasons communautaires

 

Les armoiries eurent tant de succès que les corporations et communautés diverses prirent aussi les leurs. On retrouve plusieurs de ces blasons communautaires" à Dourdan, dans le grand Armorial d'Hozier. On note au passage qu'ils ont tous la même physionomie. Faut-il y voir le véritable blason de Dourdan ? 

 

 

Au fil du temps, les villes se sont appropriées leurs blasons. Parfois, elles ont adopté les armoiries de la famille seigneuriale dont dépendait autrefois leur territoire. D'autres fois, les figures représentées sur les blasons témoignent d'une caractéristique locale. C'est probablement le cas de Dourdan, dont le blason porte trois pots. Il est probable que ces pots soient le témoignage de l'existence d'une importante activité de poterie sur cette localité. Cette théorie semble acquise depuis que Jacques De Lescornay, avocat de Louis XIII, a écrit dans ses "Mémoires de Dourdan" en 1624: " Les armoiries de Dourdan sont trois pots, et n’ay autre raison, pourquoy elles ont esté prises telles, sinon qu’anciennement il s’y en faisoit grande quantite, comme j’apprends par les vieux comptes du Domaine, dans lesquels il y a article de recepte du droict qui appartenoit au roy sur chacun four à cuire pots, joinct que dans le pays la terre propre à tel ouvrage se trouve en abondance ". Et pourtant, on ne retrouve ce blason dans aucun autre écrit. En revanche, les multiples blasons des communautés de Dourdan décrits dans l'Armorial d'Hozier présentent tous, ou presque, une forme commune qui n'a rien à voir avec les trois pots. Et le blason aux trois pots n'existe nul part dans les nombreux tomes de cet armorial, pourtant établi à la même époque que celle des "mémoires de Dourdan". Troublant, non ?  Que faut-il en conclure ?

 

De nombreux blasons de Dourdan ont cette forme ....

 

Blasons des villes

 

En fait, le recensement des blasons dans l'armorial d'Hozier avait pour principal objectif de faire payer un droit à tous ceux, individus ou communautés, qui en portaient. Comme le rappelle l'historien des blasons Michel Pastoureau, " Nombreux étaient les individus - magistrats, médecins, marchands, artisans, clercs - et les collectivités qui n'avaient jamais porté d'armoiries, et qui ne songeaient nullement à le faire, qui furent obligés d'en adopter ou, plus fréquemment, qui en reçurent d'office. Ce fut pour eux que Charles d'Hozier et ses commis fabriquèrent des séries d'écus semblables, construits sur la simple déclinaison des mêmes couleurs ou des mêmes figures dans une ville ou dans une région donnée ".

Ceci dit, il est fort probable que même les écus créés par les commis d'Hozier aient eu, au moins en partie, une origine réelle. Or les blasons des communautés de Dourdan ont bien en commun une sorte de damier de cloches bleues et blanches. Ces figures sont appeles "vair" et "contre-vair". La cloche de vair, ou clochette, est la partie de la fourrure d'azur (bleue), qui ressemble à une cloche, dont la partie large est vers le bas, l'autre partie étant appelé le "pot d'argent". Etrange, non ? Le blason de Dourdan décrit par Jacques De Lescornay en 1624 dans ses "Mémoires de Dourdan" s'énonce en effet " Trois pots d'argent sur champ d'azur " ! Mais en héraldique, le vair est censé symboliser la queue de l'écureuil ...

Le blason de Dourdan reste donc un mystère. Pour le moment, nous garderons notre blason d'azur à trois pots à deux anses garnis de fleurs, le tout d'argent, au chef cousu de gueules à trois fleurs de lis d'or.

 

Le blason de Dourdan porte toujours ses "trois pots d'argent" (c'est-à-dire blancs), mais il a évolué au fil du temps, s'enrichissant de fleurs de lis "en chef", puis plus récemment de fleurs dans les pots. Pourquoi cette évolution ? Et que viennent donc

 

La fleur de Lis, un symbole particulier

 

Les villes qui sont historiquement associées au pouvoir royal ont très souvent adopté les armes de France, à savoir les trois fleurs de lis, " en chef " (partie supérieur du blason). C'est notamment le cas de Dourdan, dont le château fut occupé par les premiers capétiens. La fleur de Lis est en effet l'emblème des rois de France. C'est Charles V qui réduisit le nombre de fleurs de lis à trois. On a longtemps pensé que ces 3 fleurs de lis représentaient la Sainte Trinité, protectrice du royaume de France. Selon la légende, elles furent envoyées à Clovis, fondateur de la monarchie, au moment de sa conversion au christianisme, pour remplacer les trois crapauds qui ornaient alors son écu. Mais aujourd’hui, cette théorie est abandonnée. Les armoiries sont nées, comme on l’a dit, au XIIe siècle, bien après le règne du roi des Francs. A cette époque, la fleur de lis existait déjà sur de nombreuses armoiries, certes en l'honneur de la Sainte Trinité. On trouve en effet la référence à la fleur de lis dans le Cantique des cantiques, repris fréquemment par les pères de l'Eglise chrétienne: " Je suis la fleur des champs et le lis des vallées ". Dans les Ecritures, le lis est présenté comme un symbole de pureté et de virginité. C’est Louis VI, puis Louis VII, qui auraient introduit cette fleur stylisée parmi les emblèmes de la royauté, marquant ainsi son caractère christologique. L’écu d'azur semé de lis d’or est ensuite porté par Philippe Auguste (1165-1223) et par son fils Louis VIII (1187-1226).

 

 

    

Blason d'Egly

Le blason de Dourdan n'est pas le seul à porter une ou plusieurs fleurs de lis. Comme partout en Ile-de-France, le pouvoir royal a marqué l'histoire locale. Le Hurepoix n'échappe pas à la règle, bien au contraire. Le Lis se retouve ainsi sur les blason d'Arpajon, Saint-Germain-lès-Arpajon, Chalou-Moulineux, Courson-Monteloup, Gometz-la-Ville, Guillerval, Ponthévrard, Rambouillet, La Forêt-le-Roi, Mérobert ou bien encore Egly.

 

Ce dernier s'énonce ainsi: De gueules au loup contourné d'or, la tête regardant vers la dextre, denté d'argent, au chef cousu d'azur chargé de trois fleurs de lys aussi d'or. Le loup qui orne ses armes n'est nullement le signe, comme on pourrait trop rapidement le croire, d'une présence de l'animal dans la localité. Pas plus que le lion du blason de Bruyères-le-Châtel n'atteste de la présence du fauve dans la région ... Le loup, que l'on retrouve sur de très nombreux blasons en France et en Europe, était utilisé pour symboliser la cruauté mais aussi le courage et l'obstination.

 

 

A la Révolution, à la recherche de nouveaux emblèmes et symboles, l’Assemblée constituante classa les armoiries parmi les « signes de féodalité » et décida d’abolir leur usage et de les faire disparaître des biens meubles et des bâtiments, tant publics que privés. Napoléon les rétablit en 1808, en choisissant l’aigle comme figure impériale ...

 

 

 

Quoi qu'il en soit, le Hurepoix ne semble pas avoir eu de blason. Dans certaines publications, c'est celui de Montlhéry (voir ci-dessus) qui lui est attribué. Pourquoi pas, puisque cette localité est parfois désignée comme la capitale du Hurepoix et que son blason est l'un des plus anciens de la région ? 

Mais il me plaît à proposer le blason ci-dessous, qui évoque les trois caractéristiques de ce pays: l'onde verte pour le paysage vallonné et les rivières (autrefois, l'eau était toujours représentée verte, le vert étant appelé "sinople"), la tête de sanglier, appelée "hure", pour le nom du Hurepoix (armes parlantes) et les trois fleurs de lis pour rappeler que ce territoire a constitué les premières terres du domaine royal. Il pourrait s'énoncer ainsi: D’or à une bande ondée de sinople accompagnée en pointe d’une hure de sanglier de sable armée d’argent au chef d’azur à trois fleurs de lis d’or. Il ne s'agit évidemment que d'un clin d'oeil au patrimoine du Hurepoix, et non d'un quelconque début de vérité historique.

 

Blason du Hurepoix totalement imaginé par l'auteur.

 

 

Tous les blasons de cette page ont été dessinés par Thierry FOUCAULT - Reproduction interdite sans l'autorisation de l'auteur.

 

 

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