Hurepoix, quel nom étrange !

Hérissé comme la tête d'un sanglier ?

 

Le nom du Hurepoix reste un mystère. Bien qu’il soit populaire, on ne le retrouve pas dans les textes officiels anciens. Les plus anciens écrits mentionnant ce territoire parlent du pagus heripensis (pagus = pays). La racine "herip" se serait ensuite transformée en "hurip" puis 'hurep". Le suffixe gallo-romain "ensis" désigne l'endroit où l'on habite. Il a ensuite évolué en "ois" ou "oix". Mais que signifie "herip" ? En ancien français, "héripé" ou "hérupé" signifie "hérissé". On retrouve ce mot dans la "hure", ancien nom qui désignait la tête hérissée d'un animal, notamment celle du sanglier. En héraldique (art des blasons), on désigne d'ailleurs la tête de sanglier par ce nom de "hure". Certains toponymistes (spécialistes des noms de lieux) ont donc reconnu dans le Hurepoix le qualificatif attribué à un homme aux cheveux « hérissés » comme la « hure » d’un sanglier.

 

 

 

La tête hérissée du sanglier, qu'on appelle une "hure", serait-elle à l'origine de ce nom étrange du Hurepoix ?

 

 

Les habitants du Hurepoix auraient-ils eu la chevelure hérissée ? 

Cette hypothèse sur l'origine du nom du Hurepoix est la plus communément admise. Mais qu’est-ce qui expliquerait que les habitants de cette région, plus que d’autres, aient eu la chevelure hérissée ? Peut-être se coiffaient-ils comme des indiens iroquois ? Non, en réalité, il ne faut certainement pas prendre cette hypothèse au pied de la lettre, car les mots peuvent avoir plusieurs sens et la toponymie est pleine de pièges. Des Chansons de geste du XIIIe siècle parlent de seigneurs hérupois qui occupaient la partie occidentale de la Gaule franque et se rebellaient contre les prétentions de Charlemagne. En ancien français, le qualificatif "herupé" avait un second sens: celui de "farouche, rebelle, sauvage". Ce sens paraît plus plausible que la référence aux cheveux hérissés comme les sangliers.

Autre hypothèse, dans son "Dictionnaire universel françois et latin"' publié en 1771, Trévoux rapporte les propos d’un certain Fauchet qui prétend que ce nom a été donné à ce pays parce qu’il était extrêmement froid (c’est bien connu, le froid hérisse les poils !) ou parce qu’il était « hérissé » de bois et de forêts.

Dans le même ton, une autre école rapproche ce Heripensis de l’évocation d’un pays hérissé de collines, qui émergent quand, venant de la Seine, on remonte les vallées de la Bièvre, de l’Orge ou de l’Essonne. Ces hypothèses ne sont absolument pas étayées.

 

D'autres origines ?

Le nom de Hurepoix pourrait aussi cacher celui de l’Orge, comme certians toponymistes ont pu le prétendre. Des écrits anciens désignent en effet le Hurepoix par pagus orobiensis, Orobia désigant la rivière d'Orge.

On peut aussi noter, curieusement, la ressemblance entre le pagus heripensis désigné dans d'autres textes et le nom de Montlhéry (Mont de Lhéri, à l’origine Mons Lehericus, Lethericus ou Letheric, du nom germanique de l’un des premiers seigneurs de la place fortifiée à l’époque carolingienne). Pure coïncidence ou signe d’un lien de parenté ? Montlhéry se revendique d’ailleurs parfois comme la « Capitale » du Hurepoix, place qui revient traditionnellement plutôt à Dourdan.

Des ressemblances avec des noms propres, on retiendra aussi que Philippe Auguste eut un fils qui s’appelait Philippe dit « le Hurepel », ce surnom signifiant « aux cheveux hérissés » … Tiens, on retrouve une origine connue ! Mais ce prince n’avait apparemment aucun lien avec notre pays puisqu’il était comte de Boulogne et de Clermont.

Enfin, on pourrait citer le vieux francique heri, dérivé de hari signifiant "armée". On retrouve cette origine dans heriwald (chef des armées) qui donna "héraut" et "héraldique" (voir notre chronique sur les blasons). En ancien français, her désignait un "sergent", au sens de vassal. Il est resté dans la langue allemande sous la forme Herr pour "Monsieur".    

 

Une signature agricole qui viendrait de l'époque gauloise ?

Pour terminer, citons la possible origine du Hurepoix dans le mot gaulois arepos, dérivé d’arepennis, qui aurait donné Arepoix, puis Urepoix, le « H » étant apparu ensuite de façon fantaisiste. C’est d’ailleurs ce même arepos qui pourrait être à l’origine d’Arpajon (Il existe d’autres hypothèses sur l’origine du nom). Notons au passage que ce nom fut donné à l’ancienne ville de Châtres en l’honneur de Louis de Severac, marquis d’Arpajon (aujourd’hui Arpajon-sur-Cère dans le Cantal), qui acheta le domaine au XVIIIe siècle. 

Arepennis est un mot gaulois désignant une mesure agraire, une pièce unitaire de terre labourable, dont est issu le mot « arpent ». Il pourrait aussi désigner l’extrémité du sillon creusé par une charrue (selon J. VENDRYES, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, hypothèse sur le carré magique, 1953), ou bien encore le cheval de labour (de la racine celtique ar-, devant, et du gaulois epos, cheval). Quoi qu’il en soit, le Hurepoix aurait donc pu être le pays se caractérisant par un art particulier de cultiver la terre, ce qui ne semble pas improbable.

 

L’origine des noms de lieux est souvent controversée. C’est particulièrement le cas du Hurepoix, dont la véritable origine restera probablement encore longtemps mystérieuse …

 

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Chroniques du Hurepoix, une production "Particip'Avenir Publications" - Thierry FOUCAULT 2016-2018 - Tous droits réservés