Un pays de villages

 

On ne saurait parler du paysage sans parler de l’habitat humain. Le village est l’expression du lien entre la nature et l’histoire humaine. Et le Hurepoix est riche en villages ...

 

Près de l'eau

 

Les villages se sont construits de bien des façons. Mais tout se ramène presque toujours à la présence de l’eau, une position stratégique ou une croisée de chemins. La proximité de l’eau a certainement été la clé de voute de l’installation humaine. La présence de rivières au fond des vallées ou de sources sur les pentes a contribué à la naissance des villages. Au cours des siècles, l’eau a été intensément utilisée par l’homme pour l’agriculture, la pêche, les moulins, les lavoirs, les cressonnières, etc.… Il en résulte des paysages accompagnés de nombreux ouvrages hydrauliques et d’un patrimoine construit intimement lié à l’eau.

 

Mais l’eau pouvait aussi causer bien des problèmes. L’insalubrité des marécages et les crues dévastatrices étaient redoutées. Dans les vallées du Hurepoix, comme partout, l’habitat s’est donc concentré de préférence sur les pentes modérées des vallons, sur un faux-plat ou une terrasse, suffisamment près de l’eau mais assez loin pour se protéger des débordements.

Plus tard, l’extension du village primitif se fera aussi bien en direction des points bas. Le villageois agriculteur du Moyen-Age, voulant se mettre sous la protection du seigneur, n’aura en effet pas d’autres choix que de s’installer sur les pentes inférieures, de moindre valeur et donc financièrement plus accessibles.

Les grandes fermes, quant à elles, se sont pour la plupart installées juste en rebord des plateaux, à proximité des villages et de l’eau mais suffisamment près des terrains cultivés.

 

La présence de l’eau n’est pas le seul facteur déterminant. Le soleil a joué aussi son rôle. Dourdan, Saint-Chéron et bien d’autres sont situés sur les versants nord des vallées, les mieux exposés au midi. Cette situation protégeait aussi des vents du nord. On constate à l’inverse que les plus petits villages sont aussi les moins bien exposés.

Notons d’ailleurs que pour Saint-Chéron, le village primitif, Saint-Evroult, se trouvait sur l’autre rive de l’Orge, exposée plus au nord, et plus près de la rivière. Un emplacement bien pratique pour l’activité des potiers (un important site de fabrication de poteries a existé à l’époque gallo-romaine), mais sûrement assez incommode pour justifier le déplacement vers le bourg actuel.

 

Exemple typique du Hurepoix, l’ancien village de Saint-Chéron s’est construit sur une terrasse exposée au midi et surplombant le fond de vallée.

Ainsi, les habitants avaient un accès facile à l’eau tout en se protégeant des inondations.

 

Les places fortes

 

Si l’on veut se prendre au jeu des classements, il faut aussi distinguer les villages concentrés autour d’une place forte, elle-même située le plus souvent près de l'eau. Sur ces places stratégiques, aux marches du domaine royal, des châteaux forts ont été édifiés. Le Hurepoix est particulièrement riche : Dourdan, le mieux conservé, Montlhéry, Briis-sous-Forges, Marcoussis, Rochefort, Saint-Yon (dont il ne reste que les ruines de la porte principale d’enceinte), Villeconin, Gometz-le-Châtel et Bruyères-le-Châtel (dont il ne subsiste des châteaux que les noms) ou encore Arpajon (anciennement Chastres, dérivé de castrum), auxquels il faut ajouter une multitude de manoirs féodaux (Le Marais au Val-Saint-Germain, Bandeville et la ferme des Tourelles à Saint-Cyr-sous-Dourdan …). Autant de signes d’une organisation de l’espace dictée par des jeux de pouvoir.

Le château de Montlhéry, par exemple, a été édifié par Philippe Auguste sur les bases d’une ancienne fortification construite vers 1015 par Thibaud-File-Etoupe, forestier du Roi Robert le Pieux et seigneur de Montlhéry pour commander la grande route de Paris à Orléans.

 

La naissance des bourgs

 

Dès le IIIe siècle, les barbares envahissent l’actuelle France. Les poussées ravageuses des peuples d’Europe centrale et septentrionale détruisent tout sur leurs passages. Les Germains terrorisent les populations locales. Pour se protéger contre les assauts des envahisseurs, des villages bâtissent les premières enceintes fortifiées, faites de tout-venant et de petites pierres assemblées à la hâte. Certaines sont assises toutefois sur des soubassements constitués de gros blocs de calcaire ou de grès.

Ces encerclements conduisent à des concentrations de l’habitat. Les villages se recroquevillent sur eux-mêmes. Avant le Moyen-Age, et même au début de cette époque, les villages n’existent pratiquement pas. Les communautés rurales sont dispersées selon les configurations naturelles des terroirs agricoles. Avec l’avènement des seigneuries, l’habitat se regroupe autour du château protecteur, de l’église paroissiale et de son atrium (le cimetière). Les historiens appellent ce phénomène l’encellulement. De nouvelles relations sociales se tissent. Les communautés villageoises se soudent face à l’étranger, l’aubain, le horsain (celui qui est « de hors »). L’esprit de clocher se loge au cœur de l’identité paysanne. Le regroupement des familles paysannes crée de nouveaux besoins. Et de nouveaux métiers. Artisans et marchands s’installent pour vendre les résultats de leur labeur sur les étals et dans les échoppes. Les rues des villages s’animent de multiples activités qui ne cessent que le Dimanche et les jours de fête. Les échanges commerciaux se multiplient. Les marchés et les foires apparaissent. Des halles sont construites pour les abriter. C’est la naissance des bourgs.

 

Richarville, petit village de plateau, organisé autour des activités agricoles

Une trame de hameaux agricoles

 

Proche de la Capitale, à la frontière de la grande Beauce nourricière, le Hurepoix a longtemps hébergé une vie agricole intense. Il en est résulté un morcellement du paysage bâti caractéristique du Hurepoix. Ici plus qu’ailleurs en Ile-de-France, l’habitat se concentre en villages autour desquels s’organise une trame de petits hameaux dispersés et de grosses fermes isolées. 

Les hameaux regroupent des exploitations agricoles autour desquelles se blottissent des maisons d’ouvriers de la terre. 

Cette organisation témoigne d’une société villageoise essentiellement tournée vers l’agriculture, faite de petites propriétés que l’on nomme « haricandage », l’exploitant étant un « haricandier » ou « haricotier ». Ce terme désignait autrefois un agriculteur indépendant mais pas très riche, qui possédait quelques terres et un petit troupeau. Le mot a probablement pour origine « haridelle », un mauvais cheval maigre qui peine à travailler, indiquant ainsi que l’agriculteur avait beaucoup de mal à cultiver de grandes surfaces de terres et qu’il faisait « mauvaise besogne ». (Simone RIVIERE, La vallée de la Renarde, 1981).

Le village dispersé, constitué de nombreux hameaux, est caractéristique des sols ingrats, que ce soit à cause du relief accidenté, de l’humidité ou de la mauvaise qualité des terres. Il est le résultat d’un sol utilisable par parcelles étroites et espacées. Les mauvaises conditions de terrain rendaient les chemins difficiles. Le rayon d’action du cultivateur devait alors être aussi court que possible, l’obligeant à s’installer à proximité de son lieu habituel de travail. L’amélioration de la qualité des chemins au XIXe siècle sera trop tardive pour modifier un habitat fixé de longue date.

 

Autre trait caractéristique, à quelques exceptions près, la superficie des communes est inversement proportionnelle à l’importance de l’agglomération villageoise. Les communes qui ont le plus de terres cultivées sont aussi celles qui ont le village le plus petit. Ceci s’explique facilement si l’on se rappelle l’incompatibilité entre construction et exploitation de la terre. Bréthencourt, petit village aux frontières du Hurepoix et de la Beauce, s’entoure d’une grande superficie de terres agricoles, tandis qu’Arpajon, le gros bourg, voit l’étendue de sa commune comparativement très restreinte (240 ha pour plus de 10 000 habitants aujourd’hui). Là où les terres étaient fertiles, leur exploitation a pris le pas sur les autres activités. 

Les villages de plateaux sont donc organisés autour de l’église, de l’espace public central et généralement d’un point d’eau. Le coût élevé de la construction des puits et la nécessité de préserver l’intégrité du terroir agricole ont donné lieu à des villages compacts, où les habitations se serrent les unes contre les autres.

Au contraire, sur les terrains de moins bonne qualité, l’agriculture laissait la place aux constructions et à l’artisanat. Dourdan et Arpajon étaient classés, dans les anciens cadastres, parmi les « terrains peu fertiles » ou les « terres médiocres ». Ces bourgs n’en étaient pas moins ruraux, d’abord par les relations qu’ils entretenaient avec le monde agricole environnant et parce qu’une part non négligeable de leurs habitants étaient des travailleurs des champs ou des vignerons, pour la plupart journaliers.

 

 

Vie et mort de petits villages 

 

Pendant que des hameaux se créaient, d’autres disparaissaient, probablement trop petits ou trop incommodes. C’est le cas du hameau de Froideville, dit La Villeneuve-de-Froideville sur la commune de Corbreuse, situé près du Gué d’Orge. Son nom évoque à lui seul les raisons de son abandon. Lové dans un fond de vallée froid et humide, il fut détruit au bout de cinquante ans d’existence, en 1224. 

Certains hameaux n’ont pas vraiment disparu. Ils ont fusionné pour donner de nouveaux villages. C’est le cas de Courson-Monteloup, qui résulte du regroupement des hameaux de Cincehours (Courson), Launay et Monteloup au XIXe siècle. Voilà pourquoi il n’y a pas de véritable village, avec son centre et son église !

 

 

Les villages ont donc chacun leur histoire. Une histoire tout autant marquée par les conditions naturelles que par l’activité humaine. A la frontière de ces deux influences, la position sur les voies de circulation des Hommes a aussi été déterminante. Les vallées du Hurepoix ont été les voies naturelles de communication entre la Beauce et le bassin parisien. Les villages qui s’y installaient attiraient les chemins et les routes, et les routes attiraient les constructions. Mais c'est là une autre histoire ...

 

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Chroniques du Hurepoix, une production "Particip'Avenir Publications" - Thierry FOUCAULT 2016-2018 - Tous droits réservés