Un pays viticole

 

Difficile de nos jours de s'imaginer que l'Ile-de-France fut pendant longtemps un pays de vignobles, où l'on produisait le "vin de France" ! Les principaux centres viticoles de notre région se situaient sur les coteaux du confluent de l'Orge et de l'Yvette. Mais partout la vigne s'exploitait dès qu'une pente ensoleillée existait. Dans la vallée de l'Orge, le versant gauche, exposé au midi, était particulièrement propice.

 

 

Blason de Breuillet, sur lequel figure une grappe de raisin

 Oui, jusqu’au XVIIIe siècle, la vigne était très présente dans les vallées du Hurepoix !

 

La commune de Sermaise, par exemple, dans la vallée de l’Orge, était recouverte de vignes sur 62 % de sa superficie. La viticulture n'avait ici rien d'exceptionnel: jusqu'au XVIIIe siècle, des vignobles étaient présents à peu près partout en France; le vin, tout comme le pain, était d'une utilisation locale; chaque pays était donc obligé de produire le sien. Au XIXe siècle, les vignes couvraient 8 % du territoire de Breux, 39 % de celui de Saint-Chéron, 59 % de celui de Breuillet et 62 % de celui de Sermaise. Le travail de la vigne était difficile mais peu coûteux. C'est pourquoi les vignerons étaient nombreux. En 1789, la commune de Sermaise comptait environ 90 % de vignerons. Le cadastre de l'élection de Dourdan en 1740 indiquait à Breuillet une « petite plaine, vallée et côtes - presque tous vignerons (250 arpents de vignes) » et à Saint-Arnoult « la plupart vignerons (500 arpents de vignes)" ». Dans ce dernier village, au Moyen Age, les vignes produisaient 250 000 bouteilles de vin par an.

Cette activité viticole se retrouve ici où là dans des noms de rues et de lieux-dits. Une grappe de raisin figure même sur le blason de Breuillet.     

 

Roinville-sous-Dourdan

 

Pourtant, le vin d'Ile-de-France était de bien piètre qualité.

 

En réalité, la vigne vivotait au hasard des bonnes et mauvaises saisons. Son incroyable expansion s’expliquait par la proximité de Paris, la grande ville assoiffée. Elle produisait peut-être un vin de piètre qualité mais en quantité. L'abondance de la demande toute proche, liée aux aléas d'une viticulture difficile, donc à la rareté moyenne du produit, et l'inexistence des transports pouvant redistribuer les productions, tout cela avait engendré une formidable hausse des prix, donc des revenus à l'hectare. La vigne rapportait en 1817, en Ile-de-France, encore près de 112 francs à l'hectare, un record national si l'on pense que ce revenu s'élevait à seulement 58 francs en Gironde, pourtant pays de grande tradition viticole. Mieux, la vigne pouvait rapporter jusqu'à 30 % de plus que les meilleures terres labourables ! On comprend alors pourquoi beaucoup de paysans se sentirent des âmes de vignerons. Tout le monde ou presque s'improvisait viticulteur. Le moindre petit bout de terrain en friche, où le grain ne pouvait se loger, suffisait à planter la vigne, prolifique et peu exigeante en qualité de sol.

Mais lorsque le chemin de fer permit aux vins du midi, de bien meilleure qualité, d'arriver jusqu'ici à bon prix, notre exécrable vin commença à se faire oublier. L'épidémie de phylloxéra n'eut alors aucun mal, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, à porter le coup fatal à cette culture en régression. Alors sur les coteaux accidentés, aux sols argilo-sableux peu fertiles, il fallait trouver autre chose à cultiver. Point de céréales, qui demandaient un sol riche et des surfaces étendues, assez planes et sans obstacles. Ce fut l’avènement des cultures maraîchères. Seules aujourd'hui demeurent quelques traces de l'ancienne vigne: le promeneur attentif pourra découvrir, ici ou là, une ancienne rue des vignes, un chemin de la cavée ...

 

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