HISTOIRES COURTES

Sur cette page, vous trouverez des "mini-chroniques", pour certaines tirées des chroniques développées dans les autres pages du site.

La fontaine Sainte-Julienne

 

Nos églises sont souvent bâties à l’emplacement ou à proximité d’une source à laquelle un ancien culte païen attribuait quelques vertus. La source symbolise en effet le jaillissement de la vie, la purification. Mais en réalité, il s’agissait souvent de détourner un paganisme ancien au profit du culte chrétien en attribuant les vertus de l’eau au miracle d’un saint ou d’une sainte. C’est probablement le cas de l’église du Val-Saint-Germain.

La légende raconte qu’un gentilhomme breton sauva des pillages des églises de Constantinople, pendant la croisade de 1204, le précieux chef de Sainte Julienne de Nicomédie. Avec l’intention de l’emporter dans son pays, chemin faisant, il passa par le Val-Saint-Germain mais y fut retenu par une grave maladie. Il fit alors le vœu, s’il recouvrait la santé, d’élever une église en ce lieu en l’honneur de la sainte et d’y déposer les reliques. Guéri, il tint sa promesse. De cette légende naquit un pélerinage, très populaire au XVIIIe et XIXe siècle. Pendant la semaine de la pentecôte, 500 à 600 pélerins, venus de 40 paroisses voisines, se rendaient à l’église du Val-Saint-Germain pour offrir des souches de cierges aux formes diverses, en marbre, en bois, en métal, plus ou moins travaillés, en témoignage de gratitude adressée à la sainte. Une fois l’office terminé et les dévotions accomplies, les pélerins se rendaient à une fontaine située à une vingtaine de mètres de l’église. Son eau était réputée guérir de nombreux maux, mais Sainte Julienne y était surtout invoquée pour favoriser la délivrance des femmes en couches et conserver la santé des enfants. Le lieu conserve encore un buste de la sainte en bois polychrome, placé dans une niche sous l’abri de la fontaine.

Il est probable que cette croyance et cette tradition soient nées d’un ancien culte païen lié à l’eau de la fontaine.

 

Les « bleds », le blé et les autres

 

Le blé a commencé à être cultivé dans notre région aux environs de 4000 ans avant notre ère. Encore ne s'agissait-il pas du blé d'aujourd'hui (Triticum vulgare), mais d'une variété très peu productrice, le blé amidonnier (Triticum dicoccum).

 

Plus proche de nous, ce que l'on appelait "blé" n'était pas encore le froment d'aujourd'hui; les "bleds", désignaient toutes les céréales, le froment bien sûr, qui donnait la farine blanche et le rare et convoité pain blanc, mais aussi le seigle, la plus abondante, l'orge, l'avoine, le méteil (mélange à parts égales de seigle et de froment), le sarrasin ou blé noir, en bref tout ce qui était panifiable.

Le pain n'était d'ailleurs pas le seul aliment que l'on tirait du grain. La "fouace", sorte de galette, était un met apprécié dans la région. Elle a laissé sa trace dans le nom de Blancheface, hameau de Sermaise, autrefois appelé Blanchefouace.

 

En 1820, la commune des Granges-le-Roi comptait 270 hectares d'avoine, 250 hectares de froment, 30 hectares de seigle, 20 hectares d'orge et 15 hectares de méteil. Cette proportion se retrouvait sensiblement dans toute la région de Dourdan. Mais il s'agissait surtout de terres beauceronnes, qui constituaient le grenier de la Capitale, et que l’on retrouve encore sur les plateaux qui séparent les vallées de l’Orge et de ses affluents. Car dans les fonds de vallées, les grains passaient plus qu'ils ne vivaient. Ils arrivaient là pour être envoyés vers Paris, après être passés par les marchés, ou pour être transformés en farine dans les nombreux moulins. Sur les coteaux accidentés, l'exploitation céréalière, nécessitant de grandes surfaces, au minimum 5 hectares, planes et sans obstacles, s'avérait difficile sinon impossible.
Le cadastre de l'élection de Dourdan au XVIIIe siècle nous fournit les superficies et les productivités des terres. C'est ainsi que l'on trouve pour Dourdan « dix charrues peu fertiles à froment » (soit environ 350 hectares); Sainte-Mesme, village de vallée, est classé « médiocre » alors que Saint-Martin-de-Bréthencourt, à moitié sur la Beauce, possède déjà une « plaine fertile ».

Haro sur le blaireau

 

Actif au crépuscule et pendant la nuit, le blaireau vit en solitaire, en couple ou en famille. Son domaine vital couvre de 5 à 10 hectares. Il construit un vaste terrier, jusqu'à 5 m sous la surface du sol, muni de plusieurs entrées. Il lui arrive aussi de reprendre un terrier abandonné par un renard ou un lapin. Un peu comme son cousin l'ours, le blaireau est omnivore : il consomme aussi bien des invertébrés, des petits rongeurs, des taupes, des musaraignes, des batraciens, des reptiles, des œufs ou des oisillons tombés du nid, mais aussi des fruits, des pousses, des racines, des champignons, des raisins et des céréales cultivées. Ce sont ces derniers larcins qui lui ont valu d'être classé sur la liste des animaux "nuisibles" en 1797.  Depuis, l'animal a été traqué jusque dans ses terriers. Autour d’Arpajon, sa chasse est devenue systématique à partir de 1900 et une société spécialisée, Rallye-Terrant de l’Arpajonnais, a même été créée. Un élevage de chiens fox-terriers a été créé à Avrainville (Bestiaire de l’Essonne, Frédéric Delacourt, Editions Ecritoire, 2015). Ces chiens avaient pour tâche d’entrer dans les terriers de blaireaux et d’acculer les bêtes. Les hommes écoutaient la progression des chiens et se mettaient à creuser le sol dès que le « fauve » était repéré, pour le capturer à l’aide de pinces avant de le tuer à l’arme blanche ou au fusil. Cette chasse aussi stupide que cruelle a failli faire disparaître complètement le blaireau de nos campagnes. Heureusement, l’activité de chasse de l’Arpajonnais a décliné au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Mais en dépit de cet arrêt, l’animal a ensuite été gazé car jugé responsable de transmettre la rage. Ce qui s’est avéré complètement faux. Qu’à cela ne tienne, après avoir été enlevé de la liste des nuisibles, l’animal a été classé comme « gibier » en 1988. Et voilà qu'il est maintenant accusé de propager la tuberculose bovine ou de commettre des dégâts dans les cultures !

Les populations de blaireau ont donc continué à chuter et sont aujourd’hui particulièrement faibles dans notre région. Il figure pourtant dans la liste des espèces patrimoniales fragiles protégées par la convention de Berne. A l’heure où l’on accorde la plus grande attention aux pandas de Chine, on massacre les blaireaux de nos régions dans la plus totale indifférence. Notre meles a pourtant la même bobine bigarrée de noir et de blanc …

 

Lavoir de Roinville-Sous-Dourdan (lavoir de source)

Les corvées d'eau

 

Pendant des siècles, et il n'y a encore pas si longtemps, les corvées d'eau faisaient partie des gestes quotidiens. Pas de toilettes, pas de douche, pas de robinet dans la cuisine, pas même une carafe d'eau fraîche sur la table. L'eau, il fallait aller la chercher. Plusieurs fois par jour, à la rivière, au puits ou à la fontaine. 

Car même en ces lieux humides, l'approvisionnement en eau n'était pas évident. A Dourdan, par exemple, de nombreuses doléances que l'on retrouve dans les registres des délibérations des conseils municipaux étaient relatives à la fourniture en eau. Malgré les apparences, en effet, ce village manquait d'eau: les fontaines étaient relativement nombreuses mais, selon les chroniqueurs de l'époque, encore insuffisantes; Joseph Guyot écrivait par exemple à propos de l'ancienne fontaine Saint-Germain: << C'est une bonne source qui ne tarit jamais et l'eau est rare à Dourdan. >> Les habitants proches de ces fontaines étaient favorisés; les autres devaient aller et venir pour leur approvisionnement. Au XIXe siècle, l'instituteur de Limours écrivait encore dans sa monographie sur le village: << Le manque d'eau à Limours est légendaire. [ ] Les puits sont très profonds; leur profondeur varie entre 10 et 60 mètres >>.

 

Aller chercher l'eau était une tâche presque toujours dévolue aux femmes et aux jeunes filles. En toute saison et par tous les temps. Inutile de dire que dans ces conditions, nos ancêtres se montraient très économes en eau ! Toute la famille faisait sa toilette avec la même eau, laquelle était ensuite recyclée pour nettoyer la vaisselle, le sol et même le linge. 

Car le lavage du linge était aussi problématique. Les femmes devaient aller aux lavoirs, installés sur les berges d'une rivivière ou à la sortie d'une source. Parfois, elles se contentaient d'une pierre plate ou d'une planche au bord de l'eau. Les lavoirs servaient essentiellement à rincer le linge. Le lavage proprement dit, qui ne nécessitait par de grandes qualités d'eau, se faisait au domicile dans une grande bassine. Le travail au lavoir était très pénible; courbées, à genoux, les mains dans l'eau froide, les lavandières sortaient "lessivées" de leur corvée.

 

Les lavoirs seront utilisés jusqu'aux années 1960. Les premiers projets d'adduction d'eau virent le jour à la fin du XIXe siècle; c'est ainsi qu'en 1895, la source de l'Orge fut le premier point de captage pour l'alimentation de Dourdan. Mais il fallut attendre les années 1940-1950 pour que la distribution de l'eau s'améliore réellement et s'étende peu à peu partout. En 1946, de nouveaux points d'eau sont recherchés pour Dourdan, à Saint-Martin-de-Bréthencourt (les forages ne commenceront que dix ans plus tard); en 1936, un forage est réalisé pour Sermaise, sur un projet de ... 1911, et la distribution ne commence qu'en 1943. Au fur et à mesure de l'arrivée de l' ''eau courante", les fontaines, puits et autres lavoirs furent abandonnées ou supprimés.

 

A lire: "Lavoirs du Pays de Limours", collection Guides du Pays de Limours, Edition Office de tourisme du Pays de Limours, 2015

Ruines du château de Rochefort, fief de Guy le Rouge

Quand Guy le rouge défiait Louis VI le gros

 

Nous sommes au XIIe siècle. L’agrandissement et l’asservissement du domaine royal, qui n’est guère plus grand que l’Ile-de-France actuelle et l’Orléanais réunis, deviennent la préoccupation majeure de la nouvelle dynastie apétienne. C’est Louis VI le Gros (1108-1137) qui conquit définitivement l’Ile-de-France en soumettant par les armes les vassaux rebelles et pillards qui paralysent le domaine royal, notamment le puissant Guy le Rouge ...

Surnommé Guy le Rouge en raison de ses cheveux roux, Guy 1er de Rochefort, premier comte de Rochefort et seigneur de Chevreuse, était l’un des fils de Guy 1er de Montlhéry. Fidèle serviteur du roi Philippe 1er, il est nommé Sénéchal (ancienne dignité militaire) par celui-ci en 1091. A cette époque, Rochefort occupe une position stratégique pour la circulation des hommes et des biens entre Paris, Orléans et Chartres. Pour protéger cette position, Guy le Rouge édifie le château de Rochefort et celui de Bréthencourt, tous les deux aujourd’hui presque totalement détruits. Il part pour la première croisade en 1096 et rentre de ses batailles en 1104 chargé de gloire et de biens. Cette puissance lui permet de fiancer sa fille avec le futur Louis VI le Gros, ce qui provoque la jalousie des autres seigneurs du royaume qui réussissent à faire annuler les fiançailles (pour consanguinité) par le pape Pascal II. Guy le rouge démissionne alors de sa charge de Sénéchal de France, rompt ses alliances avec le roi et organise les "révoltes des petits vassaux". Aidé de son neveu le vicomte Hugues du Puiset et du Duc de Chartres Thibault IV, il devient la bête noire de Louis VI. Dans son livre sur la vie de Louis VI, le célèbre abbé Suger, conseiller du roi, écrivait que cette union "livrait tout le pays de Paris et d'Etampes à la dévastation". Et d'ajouter un peu plus loin: "Mais Louis ne se laissait pas plus abattre par toutes ces défections que ne ferait la mer si tous les fleuves menaçaient de lui retirer leurs eaux" (source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France). Après de multiples batailles épiques, Louis VI le gros finit par mater ces "scélérats", dont le fameux "gui de Rochefort" dit le rouge. Celui-ci s‘éteint en 1108.

 

La légende de Sainte-Mesme

 

Les fontaines et les puits, les rivières, les sources ou les étangs ont de tout temps, avant que naisse la science d 'aujourd 'hui, suscité des histoires pour expliquer le monde.

Tel est le cas de la légende de sainte Mesme, la plus connue et l'une des mieux conservées. Elle raconte l'histoire d'une chrétienne martyre, Maxima, devenue sainte Mesme et donnant son nom au village. Plusieurs variantes existent de ce récit, mais le fond reste le même: Maxima aimait se recueillir près d'une source. Son frère, Maximin, ou Mesmin, pour la punir de sa dévotion chrétienne, lui coupa la tête à cet endroit, là où de nos jours se trouve l'édifice orné de statues représentant la scène de décapitation. Pris de remord, Maximin alla faire pénitence dans les bois alentours, là où une autre source coule aujourd'hui. Située au centre du village, la fontaine de sainte Mesme devint un lieu de culte aux eaux guérisseuses. Pendant des siècles, l'eau de cette source était réputée guérir des ... fièvres. La fontaine Mesmin resta par contre un trou d'eau au milieu d'un bois, mais elle fut l'objet de pèlerinages au cours desquels les pèlerins devaient fabriquer de petites croix et les planter autour de la source pour être guéris de la fièvre.

Cette légende est à rattacher à un épisode important de notre histoire, la christianisation, non seulement par le thème, mais aussi par la date qu'on lui attribue (époque carolingienne).

Un nombre remarquable de sources et fontaines se trouve en effet placé sous la protection de saints. Il s'agit en fait dans la plupart des cas d'anciennes pratiques païennes christianisées.

 

La règle des 20 kilomètres, sauf exception ...

 

La facilité des voies de communication d’aujourd’hui nous font souvent oublier à quel point les distances étaient jadis au centre des problèmes quotidiens. Ce qui est particulièrement frappant dans la répartition des « gros bourg » du Hurepoix, c’est la distance moyenne qui les sépare les uns des autres. Une vingtaine de kilomètres entre Dourdan et Arpajon, entre Dourdan et Etampes, entre Etampes et Arpajon, entre Arpajon et Limours, entre Limours et Dourdan, entre Dourdan et Rambouillet, entre Limours et Rambouillet, entre Limours et Montlhéry, etc. La raison est à rechercher dans la distance qu’il était possible de parcourir à pied en une journée, aller et retour, en laissant suffisamment de temps sur place pour faire ses emplettes. A la vitesse d’un marcheur, cette distance est d’environ 10 km (2 fois 5 km, c’est-à-dire 2 fois 4 « lieues »). Tous les villages situés dans un rayon de 10 km de ces bourgs se trouvaient donc dans leur rayon d’influence et les assuraient d’une certaine prospérité.

Deux villages situés à moins de 20 km l’un de l’autre ne pouvait donc prospérer de la même manière. Dourdan et Rochefort, espacés d’environ 8 km, comptaient respectivement 256 et 224 habitants en 1275. En 1806, ces populations étaient passées à 3046 pour Dourdan et 638 pour Rochefort. Les deux localités occupaient pourtant une place stratégique, étaient pourtant dotées d’un château, de forêts giboyeuses et d’une rivière ….

Les villages de taille moyenne se sont ainsi espacés selon une maille régulière de 3 à 4 kilomètres, les hameaux de moindre importance se sont disposés selon un maillage plus serré et moins régulier, tandis que les plus gros bourgs se sont distancés d’une vingtaine de kilomètres.

Evidemment, comme toujours, il existe des exceptions à ces règles de distance. Arpajon n’est éloigné de Montlhéry que d’une poignée de kilomètres, alors qu’ils étaient tous les deux des centres commerciaux importants dotés d’une halle. Mais les deux villages étaient placés sur la route très fréquentée de Paris à Orléans ...

Les défrichements ne sont pas ceux que l'on croit

 

Contrairement à une idée répandue, ce ne sont pas les moines qui ont déboisé le plus. Certes, la royauté naissante, en échange de la consécration religieuse, distribue de nombreuses parcelles de forêts aux établissements religieux. C'est ainsi, par exemple, que Chilpéric II, en 717, donnera à Saint-Pierre-des-Fossés (Saint-Maur-des-Fossés) plusieurs étendues boisées au bord de la Rémarde, près de Saint-Arnoult-en-Yvelines, Longvilliers et Saint- Maurice-Montcouronne. D'autres bois sur la vallée de Chevreuse et autour de Rambouillet furent donnés aux moines de l'abbaye de Saint-Denis, en 768 par "Pépin Ier dit le Bref". Mais en étudiant l’étendue de ces parcelles, on s’aperçoit qu’elles étaient relativement épargnées par la hache. Les moines défrichaient bien autour de leurs établissements mais de façon relativement limitée et circonscrite. En revanche, les paysans faisaient sans cesse reculer la forêt, souvent très lentement, au rythme d’un ou deux sillons par an.

Au Moyen Age, la forte augmentation de la population engendre une faim de terres. Les coupes se multiplient, la forêt recule, les friches se replient. A tel point que les bois et les forêts d’alors devaient être moins étendus qu’aujourd’hui. Les forêts n’ont été conservées que sur les sols les plus ingrats, sableux, rocailleux ou trop accidentés. Les seigneurs ont été aussi des défenseurs de la sylve. Lorsque celle-ci reculait, ils perdaient des terres de chasse, plaisir aristocratique par excellence. Ils interdisent ou limitent alors les déboisements. En 1664, l’historien Jacques de Lescornay, écrivait en parlant de la forêt de Dourdan : « Ces bois fournissent quantité de cerfs, sangliers et chevreuils qui peuvent donner infinis passe-temps aussi bien que les loups qui se rencontrent souvent dans le pays ».

A certaines périodes troublées par les guerres et autres calamités, la sylve regagnait du terrain par abandon des terres cultivées.

Les carrières de grès, de vrais bagnes

 

Avec la meulière, le grès est la roche reine du Hurepoix. Il résulte de la cimentation de grains de sables entre eux par précipitation et cristallisation des sels dissous dans l’eau interstitielle (entre les grains). Il s'est formé surtout sur les couches supérieures de sable, en contact avec l’eau de pluie.  Selon la qualité de la cimentation, le grès est plus ou moins dur.

 

Les grès les plus résistants ont été largement utilisés pour la construction, puis plus tard pour le pavage des routes. Dans les bâtiments, ils étaient utilisés pour les fondations, pour renforcer les angles de murs faits de calcaire plus tendre, pour les porches ou les contours de fenêtre.

 

Entre Saint-Chéron et Souzy-la-Briche, sur le plateau de la Petite Beauce, la dalle de grès a 4 mètres d'épaisseur sur 1000 m de largeur, et plusieurs kilomètres de longueur. Ici, des carrières ont longtemps fourni la région en pavés, bordures de trottoir et pierres de construction. Jusqu’en 1945, elles ont fait travailler des centaines d’ouvriers, dont beaucoup venaient de Bretagne et d'Italie. Entre 1900 et 1914, plus de 450 hommes y travaillaient quotidiennement. Un réseau de rails et un système de wagonnets (système de Decauville) facilitaient les transferts vers la gare de marchandise. Mais l'extraction et le découpage de la pierre se faisaient au marteau et à la barre à mine. Le travail était très difficile. A tel point que les carriers donnèrent à ces carrières des noms rappelant les bagnes de l'époque: Madagascar, Cayenne ... 

 

Ces carrières de grès étaient, et de loin, les plus importantes de toute l'ancienne Seine et Oise. Mais il y avait aussi les carrières de Marcoussis, qui ont notamment été utilisées pour construire les châteaux de Montlhéry et de Marcoussis. Jusqu'à la révolution, la commune de Marcoussis a compté plusieurs carrières à ciel ouvert. Autour de 1850, après une période d'abandon, l'extraction a repris et plusieurs carrières ont été ouvertes, fournissant du travail à de nombreux ouvriers des environs ou originaires d’autres régions : la carrière de Couard, celle du Bois des Roches, celle du Grand Parc, ou encore celle du Grand Banc des bois de la Madeleine. Jusqu'en octobre 1868, près de 6 millions de pavés furent fabriqués par plus de 150 ouvriers terrassiers et carriers. Mais les bancs s'épuisèrent et Marcoussis redevint, dans les dernières décennies du siècle, une commune essentiellement agricole.

Il faut dire que le grès de la région n’était pas non plus de très bonne qualité (trop poreux ou friable), ce qui rendait son exploitation assez peu rentable.

La butte Saint-Nicolas

Des monts et des buttes, c'est idéal pour les légendes

 

Les vallées du Hurepoix résultent du creusement du plateau de Beauce par  les rivières. Les traces de ce plateau subsistent ça et là, où l'érosion n'a pu effectuer son action destructrice. C’est le cas du Normont, à Dourdan, et des nombreuses autres hauteurs qui portent le nom significatif de ‘’butte’’ ou de ‘’Mont’’.

La toponymie a en effet laissé, dans la région, de nombreux signes des particularités du relief. On trouve, entre autres, Saint-Maurice-Montcouronne ("couronné de monts"), Saint-Chéron-Montcouronne (ancienne appellation de Saint-Chéron), Beauvais (dérivé de Bellevue), Montflix (dérivé de Mont-Félix). Quant aux buttes, on en trouve plus de quinze dans la seule haute vallée de l'Orge, dont la célèbre butte Saint-Nicolas (altitude de 154 m), à Saint-Chéron. Une légende raconte que « Saint Nicolas passant par-là avec une hotte remplie de pierres et de terre, et, se trouvant trop chargé, en vida un peu plus loin, ce qui forma la Butte de Sainte-Catherine; un peu plus loin, trouvant la charge encore trop lourde, il se débarrassa de tout le contenu de sa hotte et cela forma la Butte de Saint-Nicolas ».

Blason d'Egly, où les habitants étaient surnommés les Loups

Inimitiés et sobriquets peu flatteurs

 

Comme partout, les inimitiés entre villages voisins du Hurepoix étaient fréquentes. Elles donnaient lieu au mieux à des sobriquets, au pire à des bagarres aussi brutales qu’infondées. Dans leur ouvrage « Folklore du Hurepoix », Claude et Jacques Seignolle citent par exemple les rivalités entre Limours, Les Molières et Briis-sous-Forges, entre Janvry et Marcoussis, ou entre Saint-Chéron et Jouy.

Les Arpajonnais étaient surnommés les Innocents, les Bonnellois les Culs-fins, les Aglatiens (Egly) les Loups (probablement en référence au loup figurant sur le blason de la ville), les Forgeois (Forges-les-Bains) les Matois (solides gaillards), les Limouriens les Pantoufliers, les Marcoussissiens les Paresseux, les Montlhériens les Tonerres, et les Ollainvillois les Fouines. Des sobriquets assez peu flatteurs ...

Halle d'Arpajon, l'une des mieux conservées de la région.

Halles et marchés, les centres commerciaux d'hier

 

Lieux d’échange et d’interaction entre la ville et la campagne, les foires et les marchés ont largement contribué au développement des villages.

De nombreuses affaires s’y concluaient, des histoires s’y colportaient, des amitiés s’y nouaient et se dénouaient, au hasard des rencontres et des transactions.

C’était aussi une pause dans la monotonie et la rudesse de la vie quotidienne. Aucun marché ni aucune foire ne pouvait se tenir le dimanche, bien évidemment, car il ne pouvait y avoir concurrence entre la messe dominicale et l’activité mercantile.

 

La halle, lorsqu’elle existait, tenait un rôle essentiel. Après l’église et le château, elle constituait le cœur de la cité. Centre économique et social du territoire, elle témoignait de la richesse et de la puissance de la ville, et donc du seigneur des lieux. Sa construction était donc un privilège accordé par le roi, comme celui d’y tenir un marché ou une foire.

 

Dourdan semble avoir été le premier village du Hurepoix à s’être doté d’une halle, construite en 1228 sous le règne de Saint-Louis, peut-être même avant sous le règne de Louis VI le Gros. En 1829, en très mauvais état, elle fut démolie et reconstruite. Sous cette halle et sur la place attenante se tenait le marché aux grains. C’est encore à cet emplacement que se tiennent les deux marchés hebdomadaires.

 

Limours comportait également une halle. Elle occupait l'actuel parking de la place du Général de Gaulle (place de l'église et de la mairie). La mairie actuelle est tout ce qu'il en reste: un bâtiment qui jouxtait la halle et servait au mesurage et au pesage des produits du marché. Ce marché fut créé par Louis XII. François 1er permit ensuite de le tenir tous les mardis et 2 foires annuelles y étaient organisées, l'une à la Saint Marc et l'autre à la Saint Michel. En 1626, Richelieu autorisa 4 foires annuelles. Le marché de Limours avait une importance régionale. Il était réputé pour servir de transit aux fromages provenant de la vallée de l'Orge et destinés à Versailles et à Paris, mais aussi pour le commerce de haricots dits "Chevriers" et de chataîgnes dites "marrons de Lyon". En ruine et trop coûteuse à rénover, la halle disparut au début du XXe siècle.

 

A Arpajon, la halle fut construite en 1470, lorsque le roi accorda le droit de tenir une foire annuelle à Jean Mallet de Graville, seigneur d’Arpajon. Elle a fortement contribué à l’essor de la ville. Déjà en 1186, le roi Philippe Auguste avait accordé la permission de tenir une foire pendant 3 jours, en août. En 1312, un marché se tenait chaque vendredi. La halle d’origine est toujours en place. C’est l’une des mieux conservées de la région.

Clocher de l'église de Saint-Yon

Pourquoi voit-on souvent un coq au sommet des clochers ?

 

Depuis l’antiquité, chez les Grecs, les Gaulois, les Latins, en Asie et en Inde, le coq est présent sur les représentations de divinités, sur des pièces de monnaie, des céramiques, des objets précieux, des monuments.

Par son chant matinal, l’animal a en effet toujours été considéré comme un « prophète de la lumière », l’annonciateur de l’éveil et de la vie qui commence. Mais contrairement aux idées reçues, les Gaulois n’en faisaient par leur enseigne.

L’oiseau de lumière a donc naturellement été adopté par les chrétiens pour représenter leur culte, en l’associant à la croix. Voilà comment coq et croix se sont retrouvés ensemble au faîte de la plupart des clochers !

Haut placé, le coq-girouette, qui fait face au vent, symbolise le Christ face aux dangers du monde. Lorsque le coq tombait ou lorsqu’on le descendait pour le réparer, le couvreur le promenait dans le village et les habitants lui donnait la pièce. Cette coutume avait lieu à Arpajon, Boissy-sous-St-Yon, Briis-sous-Forges, Gometz-le-Châtel, Janvry ou encore Saint-Yon (Claude et Jacques Seignolle, Le folklore du Hurepoix, Ed. G.-P. Maisonneuve et Larose, 1978).

Le Carnyx, trompette de guerre gauloise, dont le nom évoque le peuple des Carnutes.

Le Hurepoix, entre Parisis, Senons et Carnutes

 

Les Gaulois étaient répartis en tribus que les Romains appelaient des pagi, eux-mêmes regroupés en peuples ou civitates. Le pagus a donné le "pays".

Le Hurepoix marquait la limite entre le peuple gaulois des Sénons (qui a laissé son nom dans les noms « Seine » et « Sens » ), celui des Parisii (Paris) et celui des Carnutes (qui a donné « Chartres »).

 

Le territoire des Senons, dont le centre urbain principal était Agedincum (Sens), s’étendait du Morvan jusqu’à l’actuel Gâtinais français, c’est-à-dire Étampes et Corbeil, où les marais de l’Essonne formaient une frontière naturelle difficile à franchir.

Les Parisii habitaient sur l'actuel territoire de Paris. Ils formaient un petit peuple dont la capitale était Lutèce (Lutecia), nom lui-même construit sur la racine *luco- désignant des marais (Paris s’est construit sur une île marécageuse de la Seine, l’Ile de la cité). Parisii pourrait provenir du radical par- qui exprime l’idée de « faire », désignant peut-être ainsi des Gaulois particulièrement actifs.

Les Carnutes, dont le centre était Carnotum (Chartres), dominaient une vaste zone couvrant la Beauce et le Perche. Leur nom pourrait provenir du celtique cairn signifiant "pierre". Cette pierre pourrait être celle qui servait d’autel aux druides, très présents chez les Carnutes. Pour d'autres toponymistes, ce nom est à rapprocher du Carnyx, trompette de guerre gauloise. On sait en effet que les Carnutes étaient de redoutables combattants. Mais l'un n'empêche pas l'autre ... Cairn, carnyx et carnutes pourraient être liés par une histoire commune.

 

A l'époque gauloise, la Beauce était encore couverte en grande partie par une immense forêt. La forêt de Rambouillet et, dans son prolongement, la forêt de Dourdan, en sont des vestiges. Peu à peu, cette sylve fut éclaircie pour la culture, offrant un sol particulièrement fertile. La quasi absence de reliefs facilitait le développement de l’agriculture. Le nom de la Beauce vient d’ailleurs du latin « Belissa »  qui signifie espace blanc (éclairci). Les Romains y mettèrent du leur en la défrichant massivement pour venir à bout des Carnutes, terribles guerriers rebelles qui s’y réfugiaient. Le reste fut détruit entre le VIIe siècle et le XIIe siècle pour y installer définitivement l’agriculture que l’on connaît aujourd’hui.

La ville et le châtel

 

Un peu partout en France, des villages apparaissent avec deux qualificatifs : -la ville et -le châtel. C’est le cas de Gometz-la-Ville et Gometz-le-Châtel.

Cette distinction est caractéristique des villages qui sont nés d’une agglomération faite de travailleurs affectés à la construction d’un château et au service des seigneurs. Quelques familles les rejoignent et un nouveau village apparaît, portant le qualificatif de -le châtel, juste à côté du bourg dont étaient originaires les travailleurs, lequel prend alors le qualificatif de -la ville.

C’est exactement ce qui s’est passé à Gometz. Au départ, il y avait un village appelé Gumethum en 1071, Gomez vers 1090. Au moment de l’invasion normande, au XIe siècle, les habitant de ce village aident le seigneur local, Guillaume de Gometz, à construire un château sur un point culminant du coteau situé au nord ouest. Les ouvriers s’installent près de leur lieu de travail, au pied du castel en construction. Bientôt, des familles paysannes des alentours les rejoignent pour se mettre sous la protection de la forteresse et de ses guerriers. Peu à peu, un nouveau village se crée, prenant le nom de Gometz-le-Châtel (Gommez castrum en 1261), tandis que le village initial prend le qualificatif de ville, Gomet villa en 1146.

Le château a aujourd’hui entièrement disparu. Dans sa monographie communale, l’instituteur de la fin du XIXe siècle écrivait : « Le château est entièrempent ruiné, mais il y a un siècle il existait des vestiges de murailles et des pierres calcinées par le feu. Il existe encore près des fortifications un puits appelé puits de Louis VI. On a retrouvé de nombreux souterrains. On prétend qu’ils se prolongent jusqu’à Montlhéry. ». Les pierres calcinées provenaient peut-être de l’incendie du château au cours d’un assaut donné par le Roi Louis VI le Gros. En voici résumée l’histoire: Un certain seigneur Hugues de Crécy, après avoir assassiné un autre seigneur, son cousin Milon de Bray, se réfugie dans le château de Gometz, effrayé par la colère du suzerain. Mais celui-ci poursuit le meutrier et attaque le château. Hugues finit par se rendre, demande grâce au Roi, lui remet ses terres avant de se faire moine. L’assaut incendiant du château aura eu raison de ses murailles.

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